La réduction du temps
de travail réduira le chômage, et il n’y a aucune raison que
les fonctionnaires n’en bénéficient pas....retour
Pas d’exclus pour les 35 heures
Par Monique Vaillat et Daniel le
Bret
Alors que l’ensemble de la société se pose la question des
35 heures à la lumière des déclarations du Premier
ministre sur le plein emploi, il y a principalement trois mauvaises raisons
mises en avant pour que la réduction du temps de travail ne concerne
pas la fonction publique.
D’abord, c’est bien connu, les enseignants et autres fonctionnaires «
bullent », alors que d’autres « bossent », comme le laisse
subtilement entendre, après d’autres le Nouvel Obs !
La deuxième raison a déjà été avancée
par Alain Madelin quand celui-ci se voyait un avenir politique radieux,
« il y a trop de fonctionnaires… il ne faut renouveler qu’un fonctionnaires…
il ne faut renouveler qu’un fonctionnaire sur deux partant à la
retraite ». Dès lors, comment se poser la question d’une réduction
du temps de travail quand il faudrait réduire le nombre de gens
qui le font ?
Il serait d’ailleurs injuste de
lui attribuer la paternité de cette deuxième idée
sans dire qu’il partage bien évidemment la première…
La troisième est plus récente et elle a des adeptes au cœur
même de la fonction publique. C’est tenter d’empêcher toute
solidarité entre le secteur public et le privé sous le prétexte
de le protéger des régressions qui frappent ce dernier.
Le point commun, c’est l’aveuglement devant cette évidence : tous
les sondages et enquêtes d’opinion montrent l’attachement de l’ensemble
des Français au travail et à la mission effectuée
par les travailleurs du service public. Ils considèrent même
qu’il faut plus et mieux d’éducation, de santé, de justice,
etc. Et ils sont particulièrement exigeants sur les besoins nouveaux
en matière de lien social. La démocratie et la justice sociale
exigent un renforcement des services publics…
Oui, le chômage , la précarité, l’exclusion doivent
être réintégrés dans le débat sur la
réduction du temps de travail pour tous. Oui, le plein emploi est
une perspective politique et sociale majeure. Oui, la réduction
du temps de travail pour tous doit être un levier essentiel pour
y parvenir. Oui, le privé mais aussi les services publics doivent
apporter leurs contribution à ce formidable défi.
Ce n’est
pas un hasard si certains réfutent l’utilité du développement
des services publics. Il faut bien admettre que les plus acharnés
sont ceux qui ont les moyens de recourir à des services privés.
Et leur enfants à quelques exceptions près n’ont pas de problème
d’avenir ! On remarque d’ailleurs que les plus bruyants zélateurs
du « trop de fonctionnaires » deviennent étrangement
silencieux quand il s’agit de déterminer concrètement où
trancher dans le vif. Trop d’enseignants ? Trop d’infirmières
? Trop de policiers ?
Alors,
sans doute, à la question posée : « La réduction
du temps de travail est-ce pour vous une priorité ? » les
gens ne répondent pas oui massivement dans ce contexte de chômage
grave. Mais si la question posée était : « Etes vous
favorable à une réduction de travail qui permettre d’avancer
vers la résorption du chômage ? » la réponse
serait bien sûr tout autre.
L’actualité
devrait pourtant nous le faire entendre. Au-delà des divers messages
que nous adresse la jeunesse quand elle manifeste, il y en a un qui est
dramatique : comment un jeune pourrait-il « accepter » que
la société ne veuille pas de lui ? Qu’il n’y ait pas une
place pour lui ?
Etre sans
emploi, c’est très dur, et les 18-25 ans sont deux fois plus au
chômage que leurs aînés !
Partir des besoins à satisfaire,
anticiper sur les évolutions des nouvelles technologies des nouveaux
métiers, voilà la démarche que nous opposons à
tous ceux qui avancent le pied sur le frein : Le Medef, qui pense d’abord
à ses propres profits, le ministre de la Fonction publique, qui
au nom du refus a priori de créations d’emploi cherche à
écarter la majeure partie des personnels de cette mesure…
Et nous
voulons aussi que soit mis sur la place publique la réalité
du travail dans les services publics, non pas à partir d’approximations
globalisantes, mais après examen exhaustif de la réalité
et de sa complexité, et qu’à partir de cette nécessaire
transparence et après un débat approfondi des décisions
soient prises.
L’ensemble
du syndicalisme est lui aussi interpellé ! Une initiative syndicale
de grande ampleur est nécessaire… Comment au-delà de la diversité
légitime des approches ne pas se « rassembler » aujourd’hui
sur ces objectifs ?
Monique Vuaillat et Daniel Le
Bret sont secrétaires généraux de la FSU.
Libération mercredi 26
octobre 1999